Je sais que je suis compétente. Alors pourquoi je ne me sens pas légitime ?

Vous avez l'expérience, les compétences et les résultats. Pourtant, au moment de prendre votre place, le doute revient. Et si le problème n'était pas ce que vous avez accompli, mais la manière dont vous le regardez ?

CONFIANCE & LÉGITIMITÉ

10/4/20266 min read

Vous avez de l’expérience, vous avez déjà obtenu des résultats et, quand vous regardez votre parcours professionnel ou sportif, vous avez objectivement des raisons de savoir que vous êtes capable. Pourtant, quand il faut parler de vos réussites, prendre votre place ou vous retrouver dans une situation où l’enjeu augmente, les choses deviennent parfois un peu plus compliquées.

Vous savez que vous avez les compétences, mais vous ne vous sentez pas toujours légitime.

C’est un décalage que je retrouve régulièrement dans mes accompagnements. Et ce qui m’intéresse, c’est qu’il ne vient pas forcément d’un manque de compétences ou de résultats. Au contraire, les preuves sont souvent déjà là. Le problème, c’est que nous ne les regardons pas toujours comme des preuves.

Être compétente et se sentir légitime, ce n’est pas tout à fait la même chose

On pourrait penser qu’avec l’expérience, les réussites et les résultats, la légitimité finit naturellement par s’installer. Mais ce n’est pas toujours ce qui se passe.

Vous pouvez avoir plusieurs années d’expérience, avoir évolué professionnellement, avoir mené des projets importants ou obtenu de très bons résultats et continuer malgré tout à vous demander si vous êtes vraiment à votre place.

Dans le sport, c’est la même chose. Une sportive peut avoir des résultats, progresser, être performante à l’entraînement et pourtant arriver sur une compétition avec cette impression qu’elle doit encore prouver qu’elle mérite d’être là.

Parce qu’entre ce que nous avons réellement accompli et la manière dont nous percevons ce que nous avons accompli, il peut y avoir un écart important. Et c’est souvent dans cet écart que se joue une partie du sentiment de légitimité.

Quand ce que l’on sait bien faire devient « normal »

Il y a une phrase que j’entends souvent lorsque je demande à quelqu’un de parler de ses réussites : « Oui, mais c’est normal, c’est mon travail. » Ou encore : « Ce n’était pas si compliqué », « Tout le monde aurait pu le faire ».

À force de faire quelque chose, nous finissons parfois par oublier que ce qui est devenu naturel pour nous ne l’est pas forcément pour tout le monde. Une compétence maîtrisée demande moins d’effort conscient. Une situation que vous avez déjà rencontrée vous paraît plus simple. Vous savez prendre certaines décisions rapidement parce que vous avez construit cette capacité avec l’expérience.

Et comme cela vous semble aujourd’hui évident, vous pouvez finir par ne plus le considérer comme une compétence.

C’est là que la perception devient intéressante : la réussite existe, mais elle est immédiatement minimisée. Elle ne vient donc pas réellement alimenter l’image que vous avez de vous-même.

Regarder une réussite autrement

Quand je travaille sur la légitimité, je demande souvent à la personne de revenir sur des réussites concrètes. Mais faire une simple liste ne suffit pas toujours.

Parce que si vous écrivez « J’ai obtenu cette promotion » et que votre première pensée est « Oui, mais j’étais là au bon moment », la réussite est déjà neutralisée.

L’intérêt est donc d’aller regarder ce qu’il y a derrière le résultat. Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Qu’avez-vous dû apprendre ? À quoi avez-vous dû vous adapter ? Quelles décisions avez-vous prises ? Quelles compétences avez-vous mobilisées ? Qu’avez-vous continué à faire alors que la situation était inconfortable ?

Petit à petit, on ne regarde plus seulement le résultat final. On regarde aussi tout ce qu’il a fallu mettre en œuvre pour l’obtenir. Et cela change complètement la lecture de la réussite.

« Oui, mais tout le monde aurait pu le faire »

Quand quelqu’un me dit cela, j’aime bien poser une question très simple : « Pouvez-vous me citer dix personnes autour de vous qui ont obtenu exactement le même résultat ? »

Très souvent, la réponse est non.

Alors nous pouvons commencer à regarder les choses autrement. Peut-être que cette réussite n’était pas extraordinaire au sens spectaculaire du terme. Elle n’a pas besoin de l’être. Mais elle dit quelque chose de vous.

Elle peut parler de votre capacité à apprendre, à persévérer, à vous adapter, à décider, à gérer une difficulté, à rester engagée ou à mobiliser certaines compétences au bon moment.

Le but n’est pas de transformer chaque réussite en exploit. Il est simplement d’arrêter de retirer systématiquement de la valeur à ce que vous avez réellement fait.

Parfois, nous avons besoin du regard des autres

Notre propre perception n’est pas toujours très objective. C’est pour cette raison qu’un autre exercice que j’utilise consiste à aller chercher le regard de personnes qui nous connaissent dans différents contextes.

Je peux par exemple demander de contacter plusieurs personnes de l’entourage personnel ou professionnel et de leur poser quelques questions sur les qualités qu’elles nous reconnaissent, nos compétences ou notre manière d’être avec les autres.

L’objectif n’est pas de chercher des compliments. Il est de comparer notre propre perception avec celle de personnes qui nous observent depuis l’extérieur. Et il peut parfois y avoir un vrai décalage.

Des qualités que vous considérez comme banales peuvent être précisément celles que les autres identifient immédiatement chez vous. Là encore, cela donne de nouvelles informations pour construire une perception de soi plus juste.

Pourquoi est-il parfois difficile d’assumer ses réussites ?

Il y a aussi quelque chose que je retrouve particulièrement chez les femmes : cette difficulté à dire simplement « j’ai réussi ». Comme si reconnaître sa réussite pouvait être assimilé à de la prétention.

Alors on nuance. On explique que l’équipe était bonne, que les circonstances étaient favorables, qu’on a eu de la chance, que ce n’était finalement pas si compliqué.

Bien sûr qu’une réussite dépend souvent de plusieurs facteurs. Il ne s’agit pas de les nier. Mais reconnaître sa propre contribution ne signifie pas retirer celle des autres. Et assumer une compétence ne signifie pas penser que l’on est meilleure que tout le monde.

On peut reconnaître ce que l’on sait faire sans avoir besoin de se placer au-dessus de quelqu’un. C’est une nuance importante, parce que tant que reconnaître ses réussites est associé à quelque chose de négatif, il devient difficile de les utiliser pour construire sa légitimité.

Quand la perception de soi change, la posture change aussi

Ce travail n’a pas pour objectif de simplement se sentir mieux. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui change ensuite dans l’action.

Quand une personne commence réellement à savoir ce qu’elle sait faire et pourquoi elle en est capable, sa manière d’entrer dans certaines situations évolue.

Elle peut prendre la parole plus facilement en réunion, parler de ses résultats sans immédiatement les minimiser, défendre une idée avec davantage d’assurance ou prendre une responsabilité qu’elle n’aurait pas osé prendre auparavant.

Dans le sport, cela peut être arriver sur une ligne de départ ou entrer sur un terrain en étant davantage alignée avec son niveau réel, plutôt qu’avec le doute qui prend toute la place à ce moment-là.

Ce n’est pas devenir soudainement sûre de soi dans toutes les situations. C’est avoir suffisamment de preuves sur lesquelles s’appuyer lorsque le doute apparaît.

Se sentir légitime ne veut pas dire ne plus jamais douter

Le doute ne disparaît pas parce que nous avons appris à reconnaître nos réussites. Et ce n’est d’ailleurs pas forcément l’objectif. Il peut revenir lorsqu’on change de poste, lorsqu’on prend davantage de responsabilités, lorsqu’on entre dans un nouvel environnement ou lorsque l’enjeu sportif devient plus important.

La différence, c’est ce que nous sommes capables de mettre en face de ce doute.

Si votre cerveau vous dit « tu n’es peut-être pas capable », vous pouvez rester uniquement avec cette sensation. Ou vous pouvez vous appuyer sur une connaissance plus précise de votre parcours, de vos compétences et de vos capacités pour lui répondre : « Voilà ce que j’ai déjà fait. Voilà ce que j’ai traversé. Voilà ce que je sais mobiliser. »

La légitimité ne se construit donc pas uniquement en accumulant des réussites. Elle se construit aussi en apprenant à reconnaître ce que nos réussites disent de nous.

Vous savez que vous avez les compétences, mais le doute continue de prendre trop de place ?

La préparation mentale permet de travailler sur ce décalage entre ce que vous êtes réellement capable de faire et ce que vous parvenez à mobiliser lorsque l’enjeu augmente.